LE SYNDROME DE LA DERNIÈRE MINUTE

Mademoiselle L. est atteinte du fameux syndrome nommé « J’attends la dernière minute pour m’y mettre ». Nous pourrions aussi parler de procrastination ou de flemmingite aiguë, mais nous manquerions cruellement de précision.

Pour comprendre ce phénomène, nous avons passé une journée avec elle.

1h00 [Certes, la journée commence au milieu de la nuit] – Mademoiselle L. est étudiante en faculté de Lettres. Elle se rappelle, d’un coup d’un seul, qu’elle présente un exposé dans environ, voyons… un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit… huit heures [oui, Mademoiselle L. compte sur ses doigts, ce qui nous semble logique puisqu’elle étudie les mots et non les chiffres] et qu’elle n’a absolument rien fait.

1h05 – No panique, no stress. Il lui reste encore sept bonnes heures pour s’y mettre. Mademoiselle L. peut donc continuer à faire la fête.

2h20 – Mademoiselle L. se décide à abandonner ses « jamais-sans-ma-binouze » de copains pour travailler.

2h23 – Ses « jamais-sans-ma-binouze » de copains se trouvant jusqu’à présent dans son salon et venant tout juste de vider le plancher, Mademoiselle L. rejoint seulement ses pénates.

2h24 – Mademoiselle L. se retrouve face à sa page blanche et elle rigole toute seule comme une grosse nouille [l’exposé n’est pas prêt d’avancer].

2h34 – Après dix minutes de poilade incohérente, Mademoiselle L. se met à écrire une première ligne. Il était temps.

2h36 – Mademoiselle L. vient de constater que si elle posait son stylo en équilibre, sur son index et qu’elle regardait le tout en fermant un œil et en tendant son bras, elle obtenait le vaisseau de Luke Skywalker.

2h38 – « tin tin tin tiiiiin tin / tin tin tin tiiiiiin tin »
[note 1 : l’auteur vous suggère d’apprécier la qualité du son du générique de Star Wars parfaitement retranscrit à l’écrit].
« chhhhh…rhooooo…chhhhhhhhh…Luke…je suis ton père…chhhhhh…. »
[note 2 : l’auteur, fière de ses performances musicales scriptées, compte ouvrir une entreprise spécialisée dans les bruitages muets].

2h39 – Mademoiselle L. vient de se souvenir qu’un stylo servait aussi à écrire.

2h40 – Oui, mais en même temps. Mademoiselle L. tient peut-être le concept du siècle. Le stylo-vaisseau Star Wars. On pourrait même en faire un stylo musical. Non, non. Il suffit. Stop aux digressions. Il est temps de se remettre à la tâche.

2h42 – …ou mieux, une série de stylos-musicaux-effets-spéciaux à l’effigie de Star Wars [oui, oui, trop bien !].

2h43 – Exposé : Le Concept de l’art dans l’œuvre proustienne  Les stylos-musicaux-effets-spéciaux Star Wars (sous-titre possible : « Que l’encre soit avec toi ! »). Liste de stylos-musicaux-effets-spéciaux envisageables :
• Le stylo générique musical qui fait « tin tin tin tiiiiin tin / tin tin tin tiiiiiin tin ».
• Le stylo Dark Vador Luke je suis ton père qui fait « chhhh » et  « rhoooo ».
• Le stylo Maitre Yoda en slip devant Biocoop (vous retournez votre stylo et Maître Yoda apparaît en caleçon ou en slip ou en string non en caleçon… trop fort !).
• Le stylo Luke Skywalker sabre laser qui s’allume quand on écrit et s’éteint quand on n’écrit pas. Ou l’inverse. Ou l’inverse de l’inverse.
• Le stylo Chewbacca avec des poils tellement tout doux que même votre chat il ne veut plus vous le rendre.

2h52 – Petit tour sur Internet pour vérifier si le concept est déjà pris.

2h53 – Mademoiselle L. vient de se souvenir qu’elle n’avait plus d’ordinateur. Et plus Internet. D’où le stylo. Grosse nouille.

2h54 – Mademoiselle L. se remet à son exposé.

6h26 – Mademoiselle L. est nue. Nue et allongée sur le sable. Elle sent les rayons du soleil caresser son corps étourdi par la chaleur. Elle sent le souffle de l’homme sur sa peau salée. L’homme, oui l’homme. Mais pas n’importe lequel : Han Solo. Hmmmm… Han Solo. Cette chevelure… Ce torse velu… viril… tous ces poils Hmmmm… Han… AHHHHHH ! Chewbacca !

6h27 – Mademoiselle L. ouvre un œil et… AHHHHHH ! Chewbacca est vivant ! tadam tadam tadam tadam [bruit de cœur à 130 pulsations minute, autrement dit bruitage muet, y a pas à dire, l’auteur pense avoir un bel avenir dans ce métier].

6h28 – Chewbacca n’est pas vivant [Alléluia]. Par contre le chat de son colocataire, oui.

6h30 – Remise de ses émotions, Mademoiselle L. vient de voir l’heure. Zut.

7h00 – Mademoiselle prend soin de sa santé. Elle sait qu’il n’est pas bon de travailler le ventre vide. La pause frigo s’impose.

7h30 – Constat affligeant. Son exposé ressemble à ça :

sans-titre
7h35 – Il reste une heure, mais no stress, no panique ! Mademoiselle L. calcule : 15 minutes pour le plan. 15 minutes pour les sous-titres. 15 minutes pour l’introduction. 15 minutes pour la conclusion. 15 minutes pour détailler le tout. C’est bon, ça fait donc… [Nous confirmons : Mademoiselle L. n’est pas très douée en calcul mental.]

8h30 – Bon alors. No stress, no panique Bon alors. Bon alors. Euh… Bon ben, c’est pas fini quoi ! [sans blague]

8h35 – Mademoiselle L. doit partir. Absolument. Impérativement. Exposé fini ou pas.

8h36 – No stress, no panique. Zéro inquiétude. De toute façon, demain Mademoiselle L. dépose son concept de stylos Star Wars et d’ici trois ans, elle sera multi-millionaire de thunes, alors Proust… tin tin tin tiiiiin tin [et d’ici là, l’auteur aura fait fortune avec son entreprise spécialisée dans les bruitages muets, alors Proust…].